Stratégies de dépassement de soi
Publié le par Erwan BUREL - Haute Performance Professionnelle

1. L'expérience du dépassement de soi
Le spectaculaire : entre croyance et scepticisme, quel enseignement possible ?
Nous connaissons tous des histoires où une personne a su, en des circonstances particulières, déployer une énergie exceptionnelle, au-delà de ses limitations habituelles. Le cas d'une femme capable de soulever une lourde armoire ou tout autre objet monumental pour sauver son enfant est classique. Cela peut légitimement laisser perplexe...
La véracité d'un tel évènement, aussi intéressante et nécessaire soit-elle, ne sera pas traitée ici. Les faits sont difficilement vérifiables : l'histoire circule par le bouche à oreille. Elle relève de la rumeur. Or, celles et ceux qui ont eu la chance de visionner l'émission "La rumeur", diffusée il y a quelques années sur Canal + le dimanche midi, ne manqueront pas d'être sceptiques quant à la crédibilité des témoignages recueillis. La preuve par l'image, l'émission démontrait qu'un certain nombre vérifiait l'adage "Je n'ai rien vu mais je dirai tout", jusqu'au moindre détail totalement inventé. Ainsi,les témoignages restent sujets à caution, comme le savent les historiens et les acteurs de notre appareil judiciaire.
Le besoin de croire que nous pouvons dépasser nos limitations et surpasser nos capacités humaines peut jusqu'à conduire les esprits cartésiens les plus convaincus que la loi de la gravitation peut être contournée par quelque faille obscure de l'univers. Bref, admettons, ne serait-ce qu'un instant, qu'il y a quelque chose de vrai dans ces récits extraordinaires.
Quel enseignement pouvons-nous tirer d'un tel récit, aussi spectaculaire soit-il ? Si seule la pression de circonstances particulièrement dramatiques permet un tel dépassement de soi alors il ne nous est pas possible de mobiliser ce potentiel à volonté. Plus encore, c'est bien l'imminence d'un danger vital qui est en à l'origine : le bon sens élémentaire éveillera en tout un chacun un scepticisme de bon aloi quant au caractère reproductible de ce déploiement d'énergie. Pour quelques cas "réussis", combien de cas définitivement dramatiques ? Car, "ça" ne marche pas à tous les coups et les faits divers relatent quotidiennement des drames insoutenables où rien ni personne ne put sauver les victimes.
Nous en restons donc, pour le moment, sur le plan anecdotique. Aucun élément à généraliser, encore moins exploitable.
Moins spectaculaire et plus accessible ?
Dépasser une peur ou une phobie est moins spectaculaire que le cas cité précédemment. Pourtant, à l'évidence, cela peut se révéler beaucoup plus intéressant que la capacité à être un(e) "super (wo-)man" pour quelques instants seulement.
Car c'est bien le quotidien d'un individu qui peut être transformé lorsque disparaissent l'angoisse et l'anxiété générées par une phobie. Une confiance nouvelle éclaire alors sa vie libérant une énergie positive propice à formuler et réaliser de nouveaux projets, banals peut-être mais bien concrets.
Il existe là aussi quelques récits, moins spectaculaires donc mais plus réalistes.
Le récit
Sa peur des chats remontait à l’enfance. Car le souvenir de ce chat l’attaquant férocement la hantait. Non pas qu’elle en eut des séquelles physiques. Tout au plus avait-elle subi quelques égratignures. C’était de la peur. Et en chaque chat, elle voyait une bête sournoise dont le regard manifestait invariablement de l’agressivité.
A ce compte, il était hors de question de s’en approcher. En effet, tout contact était inenvisageable. Un jour, elle avait même consulté un psychothérapeute afin de la soigner de cette « phobie ». Sans résultat. Elle n’était pas parvenue à se convaincre que sa peur était infondée. Elle n’était parvenu à « prendre du recul » non plus, d’ailleurs elle ne voyait ni ne sentait bien ce que cela signifiait. Découragée, elle avait renoncé, fataliste, à consulter un autre spécialiste.
Un jour, elle eut un enfant.
Et un autre jour, un chat, mû par quelque intention, avança en direction du bébé. Il s’en approcha tant qu’aussitôt la mère, sans réfléchir, s’interposa, le chat continuant droit son chemin. Malgré ses grands gestes pour le chasser, rien de ce qu’elle fit n’eut l’effet escompté. Il n’était plus qu’à quelques centimètres d’elle.
Aujourd’hui, elle se revoit encore saisissant l’animal à pleines mains. Dans son souvenir, confusément, le chat émit peut-être un miaulement avant d’être projeté deux mètres plus loin, sans dommage. Penaude, la bête déguerpit au loin.
Depuis, même si elle garde encore une méfiance certaine à l’égard des chats, elle n’en a plus peur. Avec prudence, elle se sait plus forte qu’eux.
2. Le retour d'expérience : quels les enseignements en tirer ?
C’est une histoire banale comme nous en avons déjà entendu plein. Mais, curieuse histoire tout de même quand on y réfléchit. C’est le récit d’une performance, et même d’une haute performance. En quelques instants, le résultat tant recherché a été obtenu quasiment sans effort. Sans que cela coûte un centime. La qualité de vie de cette femme s’en trouvé considérablement améliorée. Elle a ainsi bénéficié d’un regain de confiance en elle. Désormais, cette expérience lui sert de point d’appui pour progresser en franchissant d’autres obstacles.
Récapitulation
1. Elle avait peur des chats.
2. Sa peur, alliée à l’intention de protection maternelle, la pousse à entrer en contact avec un chat.
3. Elle n’a plus peur des chats.
C’est (raisonnablement) « magique ». En se permettant un raccourci audacieux, nous pourrions dire que sa peur l’a amené à effacer sa peur. Un paradoxe !
Comment cette « phobie » qui la tyrannisait depuis de très nombreuses années a-t-elle put disparaître en un instant ? Qu’est devenue sa « phobie » ? Quels enseignements pouvons-nous en tirer ?
Essai d'analyse stratégique
Une expérience en atténue ou en amplifie une autre. C’est tellement évident… Nous vivons cela tous les jours sans même nous en rendre compte. Tentons ici une analyse des stratégies mises en oeuvre par la mère salvatrice.
La stratégie du « BUT SUPERIEUR » (recadrage de contexte) :
Dans le cas présenté ici, la mère a littéralement « dépassé » sa peur. Le BUT de protéger son enfant lui a fourni une détermination telle qu’elle était prête à endurer une éventuelle réaction agressive du chat. Dans cette optique, il est plus que vraisemblable que, même sans y réfléchir consciemment, elle a réalisé des gestes qui l’ont mise à l’abri de griffures et de morsures.
La stratégie de « LA LUTTE SANS FIN » :
La mère n’a pas cherché à vaincre sa peur. D’ailleurs, c’est probablement ce qu’elle fit pendant de nombreuses années sans succès. La stratégie de la « LUTTE SANS FIN » conduit, en fait, à renforcer la phobie dans la mesure où elle donne une consistance à l’objet de la peur. Elle en a fait un point dur contre lequel il faudrait combattre. C’est un paradoxe là aussi : malgré nous, nous risquons de donner plus de pouvoir à l'objet que nous combattons.
3. Provoquer le changement : le dépassement de soi à volonté
Reprenons notre histoire. Qu’aurait pu faire cette femme bien avant d’attendre d’avoir un enfant à protéger ?
Stratégie classique
La mère aurait pu s'informer auprès de spécialistes (vétérinaires ou autres) sur les comportements du chats et les attitudes à adopter. Elle aurait ainsi appris à décoder et interpréter les attitudes et les comportements des chats afin de nuancer sa représentation (« les chats ont toujours un regard agressif et sournois»).
Ceci aurait eu un impact certain sur le plan intellectuel mais beaucoup moins évident sur le plan émotionnel. Savoir ne conduit pas toujours à dompter ses émotions, loin de là.
Stratégie de visualisation (présenté ici de manière très schématique)
Il s'agit d'une stratégie basée sur un auto-apprentissage, dont les 3 étapes principales sont présentées ici.
a) Retrouver toutes les sensations d’une expérience vécue dans laquelle la personne est sortie vainqueur d’une lutte.
b) Visualiser un chat à distance, tout en se maintenant dans la sensation (de puissance) comme vécue dans l’expérience remémorée précédemment.
c) Imaginer la distance de plus en courte. Sentir une « emprise » sur la situation en concevant une variété de réactions adaptées en cas d’action du chat. Eprouver le bien-être qui résulte de cette impression de contrôle et de maîtrise.
Stratégie de simulation d'un « BUT SUPERIEUR » (variante de la straégie précédente)
La personne choisit quelque chose ou quelqu'un auquel "elle tient plus que tout au monde". Elle se visualise dans une situation où son "bien le plus précieux" (son enfant) est menacé par l'objet de sa phobie (le chat). Elle se laisse guider par ses pulsions viscérales de protection pour se voir (en imagination) en train d'agir et devenir ainsi plus forte que ce qui provoque sa peur.
Cette stratégie peut sembler "grossière" voire "violente" car elle fait surgir des émotions très vives, vraisemblablement destructrices. Toutefois, cela peut-être un bon début et ouvrir la porte à un travail ultérieur plus fin, mieux maîtrisé, jusqu'à parvenir à un état serein propice à un comportement juste et modéré lorsque la situation se présentera réellement.
Conclusion
D’autres stratégies et d’autres apprentissages auraient été possibles.
Ont été présentées là de grandes lignes stratégiques, exposant des principes simples d'apprentissage et d'action. VISUALISER N'EST PAS ANODIN ! Toute visualisation implique une connaissance des risques potentiels qu'implique un tel travail et donc des précautions à adopter. Nous y reviendrons prochainement dans un article consacré à ce sujet.
Erwan BUREL - www.haute-performance.fr
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
contact : erwan.burel@haute-performance.fr
Nota : cet article est une version augmentée d'un article initialement publié le 28 avril 2009
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