Réussir : un rôle, une performance
Publié le par Erwan BUREL - Haute Performance Professionnelle

Pour réussir, il est nécessaire d'entrer dans une dynamique de changement. Il faut le vouloir et il faut aimer ça !
Le concept de " performance " est multiple. On pense immédiatement au désir d'obtenir des résultats exceptionnels bien sûr tant notre société est tournée vers la compétition, le challenge, la mise en concurrence.
Le domaine artistique et culturel n'est pas en reste. Une "performance" désigne aussi un spectacle d'art vivant. De plus, ne parle-t-on pas de la performance d'un acteur ? Cette plasticité, comprise dans tous les sens du terme, est un principe qui peut s'avérer éclairant...
PREALABLE
L’article « Que doit la réussite à la chance ? », publié le 12/07/2009, évoquait une classification des méthodes de développement de la performance individuelle et d’équipe selon 4 générations.
Pour rappel :
1. Jusqu’au début des années 60 : « Les commandements » : ensemble de lois, exprimées de manière péremptoire et très directive à appliquer pour réussir. Parmi les auteurs les plus représentatifs de cette période, on citera Napoleon Hill [1] ou Dale Carnegie [2].
2. Dans les années 80 : « Les qualités » : ensemble de qualités que doit manifester un individu pour réussir, à l’image des athlètes ou des champions du business à l’américaine. Vision développée par Charles GARFIELD [3].
3. Dans les années 90 : « Les principes » : Quelques lois restreintes, souples et adaptables à toute situation. Stephen COVEY [4] restera l’auteur à succès de cette génération.
4. Enfin, l’ « Approche centrée sur la personne », dont Jerry L FLETCHER [5] ou Richard BANDLER [6] sont parmi les tenants les plus remarquables.
Actuellement, la tendance est au mix de ces 4 approches, pour le meilleur ou pour le pire. Une synthèse en la matière nécessite une parfaite compréhension de chaque approche afin de commencer par les positionner correctement les unes par rapport aux autres puis de percevoir la nature de leurs relations et ensuite seulement de pouvoir les solliciter à bon escient en fonction des besoins des personnes auprès desquelles nous intervenons.
La tâche est exigeante et ne saurait se contenter d’à peu près, sous prétexte de pseudo-créativité ou d’une soi-disant liberté d’interprétation, alibis ô combien classiques de la paresse.
Résumons-nous, les méthodes de développement de la performance humaine ne manquent pas et il continue de s’en créer au fil des tendances et autres effets de mode dont la vocation est d’éveiller la curiosité des acheteurs de formation en poste dans les entreprises clientes (reconnaissons que ces mêmes acheteurs, véritables professionnels, ne s’y trompent que rarement).
Aucune des 2 approches qui se présentent sous cette forme ne semble pleinement satisfaisante :
- Développer une nouvelle méthode ne ferait que sur-ajouter un peu plus de confusion parmi la multitude existante.
- Produire une synthèse risquerait d’aboutir à une si lourde addition de techniques et d’analyses qu’elle en serait indigeste avant même d’être achevée.
C’est donc pour éviter ces écueils que je propose de revenir à des racines fondamentales à partir desquelles un positionnement des méthodes existantes deviendrait ainsi que tout développement deviendraient possibles.
Je prends ainsi le risque de proposer un essai (sinon une tentative) et non pas une quelconque « vérité » qui se prétendrait définitive.
1ère Partie : LA PLASTICITE HUMAINE !
Une conférence vidéo intitulée « la plasticité humaine ou le secret de la performance » est disponible sur le site de l’ « Université de tous les temps savoirs (Canal U) ». M. RIEU [7] y aborde la performance sportive sous l’angle de la biochimie, où métabolisme et système neuro-endocrinien sont au cœur du propos.
Le titre lui-même m’a immédiatement paru très intéressant car résumant en une formule simple et très précise ce qui, dans mon approche, constituerait le principe essentiel du développement de la performance individuelle et d’équipe (notez l’emploi du conditionnel….).
Pour cette raison, j’ai donc tenté de dépasser les cadres et de la biochimie et de la performance sportive pour exposer quelques applications pratiques de ce principe.
Plasticité est synonyme de souplesse, d’adapabilité, donc de changement et d’évolution. Réussir consiste bien à partir d’un certain niveau de résultat obtenu pour atteindre un niveau de résultat plus élevé (voire hors de proportion au regard des résultats antérieurement obtenus). La capacité à changer ses habitudes de pensée, de décision et d’action est bien au cœur de la performance !
2ème Partie : LES 3 PILIERS DE LA REUSSITE
Voici donc, présentés de manière succincte, 3 piliers de la réussite qui seraient à la base de la majorité des idées et des concepts relatifs à la performance, quelle que soit la génération de méthodes considérée.
PILIER 1. LE ROLE QUE NOUS EXERCONS EST LA RACINE MEME DE NOTRE REUSSITE
Que nous le voulions ou non, chacun(e) exerce un nombre limité de rôles (père, mère, patron, employé, expert, ami,…) selon les contextes et circonstances vécus . Comme le disait P. WATZLAWICK [8] : « On ne peut pas ne pas communiquer ». Même le silence est éloquent ! On ne peut pas ne pas communiquer aux autres les impressions qui se dégagent du rôle que nous jouons.
Nous nous identifions continuellement à quelqu’un ou à quelque chose. Nos pensées, nos expressions du langage courant, notre gestuelle sont profondément influencées par celles que nous observons chez les personnes que nous côtoyons.
Nous imitons, que nous le voulions ou non, que nous en rendions compte ou non. D’ailleurs, l’imitation est à la base de tout apprentissage et fait donc partie des premiers signes visibles de toute évolution. Nous adoptons ainsi de nouveaux rôles, soit copies d’un modèle unique, soit copies composites de diverses observations réalisées auprès de plusieurs personnes, réelles ou imaginaires.
Au bout du compte, chaque manière d’interpréter un rôle est unique car chacun(e) d’entre nous possède quelque chose d’unique. Il n’existe pas 2 manières exactement identiques d’interpréter un rôle. Aussi infime que soit cette différence par rapport aux autres, elle pourra s’avérer déterminante dans le parcours de la personne et tout à fait décisive dans les réactions que manifesterons les autres à son égard.
L’important est de retenir que nous exerçons toujours un rôle, à chaque instant. Nous avons la capacité d’être conscient d’exercer un rôle au moment même où nous l’interprétons. Chaque individu possède, souvent à son insu, un registre limité de rôles : ceux qu’ils exercent habituellement, selon les situations rencontrées.
C’est pourquoi les experts de la réussite et de la performance conseillent de :
• Développer son réseau : entrer en contact avec les autres, de partager ses goûts et ses exigences, de développer les échanges. Les retours qui nous seront faits nous indiquerons quelles attractions / répulsions nous générons.
• S’inscrire dans une démarche d’apprentissage continu. Chaque expérience et chaque rencontre nous montre quelque chose : une amélioration possible.
Ce ne sont là que quelques exemples.
PILIER 2. CHANGER, C’EST ADAPTER SON ROLE A SON BUT.
C’est bien parce que la réussite n’est pas une évidence qu’un certain travail, au sens métier bien sûr, mais aussi au sens d’un « travail sur soi » est incontournable. Si réussir n’est pas si naturel que cela, la possibilité de changer ses attitudes et ses comportements est une capacité humaine. C’est un authentique levier de performance à la portée de toutes et tous. Selon la distance qui nous sépare des rôles qui nous attirent, les efforts à fournir pour les adopter sont plus ou moins importants et le travail plus ou moins pénible…
Se comporter vraiment comme le ferait le personnage (même imaginaire) auquel nous voulons ressembler est le premier pas vers le but que nous poursuivons. C’est ainsi que se comportent celles et ceux qui se lancent à fond dans une entreprise et qui dépassent les objectifs « raisonnables » qu’ils s’étaient fixés au départ.
Certains rôles renforcent tant la personnalité qu’ils contribuent à exercer un fort pouvoir attractif sur son environnement : ce sont les « locomotives » qui entrainent les autres dans leur sillage. Gare alors (c’est le cas de le dire) aux relations de dépendances qui s’ensuivent ! Le leader dépend des autres pour exister en tant que tel. Les suiveurs ont besoin du leader pour justifier leurs actes. De la saine interaction des relations humaines à l’inter-dépendance, il y a une différence de taille ! A chacun de décider en connaissance de cause de la nature des relations qu’il (ou elle) souhaite développer. Il faut parfois du temps pour acquérir cette lucidité.
L’important est de retenir que nous avons la capacité de choisir, à volonté, donc consciemment, les rôles que nous exerçons parmi le registre de rôles que nous possédons déjà. Plus encore, nous sommes libres de créer de nouveaux rôles plus adaptés à la réalisation des buts que nous poursuivons : les seules limites que nous risquons de rencontrer sont nos croyances, notre image de nous-mêmes et notre paresse (les trois formant un tout nommé « ego » !). Chacun(e) dispose « naturellement » de la faculté de corriger, de compléter et d’améliorer les rôles ainsi créés.
C’est pourquoi les experts de la réussite et de la performanceil conseillent de :
• Etre à l’écoute de son environnement : être à l’écoute des autres bien sûr mais aussi des évolutions sociales, économiques, technologiques, juridiques (etc…) et des opportunités qui se profilent au gré de ces changements.
• Adopter une communication efficace : il est bien là question des rôles que nous incarnons et d’adapter notre comportement à celui de nos interlocuteurs (en vue de nous rapprocher un peu plus du but que nous poursuivons). Certains (psychologues ou non) vont jusqu’à affirmer que toute communication est manipulatoire, volontairement ou non, consciemment ou non. C’est un point de vue…
Ce ne sont là que quelques exemples.
PILIER 3. CROIRE EST UN SUPPORT A LA REUSSITE.
Nous avons tous besoin de croire (toute vérité est relative). Le mythe est une croyance dont le fondement « réel » et les origines « véridiques » importent peu : le besoin de croire l’emporte sur tout le reste. Peu importe la croyance : religieuse, spirituelle, scientifique, économique, politique, sociale, sportive, artistique, littéraire,…
Une croyance forte et auto-entretenue n’est pas toujours nécessaire à la réussite. Le besoin de se convaincre constamment que sa propre réussite est possible en se répétant à soi-même les pensées les plus « positives » est bien le signe que la réussite n’est pas si évidente ni si naturelle que cela.
Cependant, nous avons tous entendu des témoignages de personnes qui, exerçant (consciemment ou non) le « bon » rôle, au « bon » endroit, au « bon moment »), ont réussi à leur plus grand étonnement. Elles n’ont jamais ressenti le besoin de croire à leur réussite : leurs explications sont habituellement fondées sur le travail (toujours), le hasard, la chance ou toute autre providence. Peut-être étaient-elles convaincues au fond d’elles-mêmes d’être à leur place et de faire exactement ce qu’elles avaient à faire, sans faire de « réussite » une obsession (syndrome de Forrest Gump [9] ).
Toutefois, cet « easy success » semble être relativement exceptionnel.
Croire remplit la fonction simple de se focaliser sur un objectif, d’engager ses efforts en vue d’un seul et même but. Encore faut-il avoir un but ! Un but clair et précis fait assez souvent défaut à celles et ceux qui aimeraient « évoluer », « changer de travail », « vivre mieux ». Qu’on se rassure, même cette incertitude constitue un point de départ : « avoir un but clair et précis » peut constituer un premier objectif. Les efforts investis dans cette recherche sont toujours profitables et permettront, par la suite, de s’épargner bien des erreurs : jugements erronés, décisions mal choisies, actions inappropriées, perte de confiance en soi, démotivation, etc…
C’est pourquoi il est conseillé par les experts de la réussite et de la performance de :
• « Avoir un but » et nous pouvons faire ici référence notamment aux écrits de Arnaud DESJARDINS [10].
• « S’engager dans une mission qui vous motive », une des 6 qualités que manifestent celles et ceux qui réalisent des performances (sport, business,…) selon Charles GARFIELD [3]
• « Poursuivre votre rêve », ou toute autre formule apparentée. C’est d’ailleurs un message très fort dans le mythe américain : tout est possible pour ceux qui vont au bout de leurs rêves. Plus récemment, le film « Slum dog millionnaire » (GB) est présenté comme un « voyage au bout du rêve ».
Ce ne sont là que quelques exemples.
LES 3 PILIERS A L'OEUVRE
Pour illustrer l'existence de ces 3 piliers, nous avons repris les principes définis par Stephen COVEY [4] dans son best-seller « Les 7 habitudes de celles et ceux qui réussissent ce qu’ils entreprennent » (approche de 3ème génération).
Chaque habitude repose sur 1, 2 ou 3 des piliers proposés dans cet article. Le tableau suivant relie les principes et les habitudes définis par COVEY et les piliers sous-jacents.
Fondamentalement, il serait commode et relativement exact d’affirmer que chaque habitude repose sur les 3 piliers ! Toutefois, ce procédé occulterait le fait que certains piliers sont prédominants dans la composition d’une habitude par rapport à une autre, ce que le tableau ci-dessous vise à mettre en évidence.
Une explication démonstrative des rapprochements effectués nécessiterait de longs développements qui ne sont pas envisagés dans le cadre de cet article. Soin est donc laissé au lecteur de réfléchir (ou non) à la pertinence des propositions ainsi faites.
1 Vision personnelle : Soyez proactifs
Piliers : Exercer un rôle + Croire (But)
2 Leadership personne : Sachez dès le départ où vous voulez aller
Piliers : Croire (But)
3 Management personne : Donnez la priorité aux priorités
Piliers : Croire (But)
4 Leadership interpersonnel : Pensez gagnant / gagnant
Piliers : Exercer un rôle + Changer
5 Communication empathique : Cherchez d’abord à comprendre ensuite à être compris
Piliers : Changer
6 Communication créative : Travaillez en synergie
Piliers : Exercer un rôle + Changer
7 Ressourcement équilibré : Aiguisez vos compétences
Piliers : Croire + Changer
CONCLUSION
Il serait plaisant de conclure en citant à nouveau Arnaud DESJARDINS : « Si c’est vrai - et cela est vrai - si c’est possible - et cela est possible -, alors pourquoi pas moi, pourquoi pas vous ? ».
Et si la conclusion, finalement, appartenait à chacun(e) ?
Après tout, pour être honnête, il convient d’être fidèle aux propos de A. DESJARDINS [10] et donc de compléter la citation précédente : « S’il y a peu d'appelés, il y a beaucoup d’élus »…
Erwan BUREL - www.haute-performance.fr
http://haute-performance.o
HAUTE PERFORMANCE Conseil Formation Accompagnement
contact : erwan.burel@haute-performa
Références :
[1] Napoleon HILL (1883 – 1970), auteur américain du best seller mondial « Think and grow rich ! »
[2] Dale CARNEGIE (1888 – 1955), auteur américain du best seller mondial “ How to Win Friends and Influence People ». En 1916, il avait changé son nom CARNEGEY en CARNEGIE laissant croire ainsi à une parenté avec Andrew CARNEGIE 1833 – 1919). Ce dernier surnommé « l'homme le plus riche du monde » avait réussi dans l’industrie de l’acier et incarnait le rêve américain.
[3] Charles GARFIELD, auteur américain du best-seller « Peak Performance » (1986).
[4] Stephen COVEY, auteur américain du best-seller « The Seven Habits of
Highly Effective People” (1989).
[5] Jerry L. FLETCHER – Patterns oh high performance (1993)
[6] Richard BANDLER, co-fondateur de la PNL (Programmation Neuro Linguistique) et auteur de nombreux ouvrages dont le remarquable « The structure of magic » en 1975. Une approche en avance sur temps qui remporta très tôt un succès incroyable.
[7] Michel RIEU est Conseiller scientifique auprès de l'Agence française de lutte contre le dopage.
[8] Paul WATZLAWICK (1921 – 2007) – un des leaders de la théorie de la communication développée au Mental Research Institute plus connue sous le nom de « école de Palo Alto ». Tous ces livres sont instructifs, dans un langage clair teinté d’humour.
[9] FORREST GUMP est une remarquable comédie américaine portée à l’écran en 1994. Ce film, 6 fois récompensé par les Oscars, met en scène Tom HANKS (mais aussi Gary SINISE, futur expert CSI de Manhattan) sur une période allant des années 1950 aux années 1980. Enfant physiquement handicapé par son dos, il deviendra champion de football américain, soldat au Viêt Nam, champion de ping-pong, marathonien exceptionnel, capitaine de crevettier, et même milliardaire. Il se mariera avec la femme de ses rêves, Jenny (interprétée par Robin Virginia WRIGHT, épouse de Sean PENN), et aura un enfant avec elle.
[10] Arnaud DESJARDINS (né en 1925) fut notamment réalisateur pour la TV française (ORTF) et auteur d’essais. Fin connaisseur de la tradition indienne de l'Adhyatma yoga, branche de l'Advaïta védanta, il a animé de très nombreux séminaires dans cette discipline. L’extrait cité est issu du chapitre 1 « Avoir un but » du tome 1 de la série d’essais qu’il publia sous le titre « Les chemins de la sagesse ».
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